Les formes de radicalisation

Les formes et les orientations de la radicalisation sont innombrables. En gros, on peut faire une distinction entre les catégories de radicalisation religieuse, politique, thématique et séparatiste sous lesquelles on peut classer divers sous-groupes et formes mixtes.

Par la suite nous allons présenter des concepts, écoles de pensées, termes philosophiques, politiques et religieux parmi d’autres. Comme nous travaillons quotidiennement avec ces concepts, il nous est important d’afficher « nos définitions ». Cela étant dit, nous sommes pleinement conscients qu’il s’agit d’une liste non-exhaustive qui est en voie de complétion continuelle et les termes présentés sont chargées : de complexités, de subjectivités, d’émotions, de passions, d’interprétations diverses et changeantes au cours de l’histoire.

Les collaborateurs de respect.lu se tiennent à votre disposition pour discuter des termes relevés. Attentifs à la fluidité des définitions, ils sont ouverts à vos suggestions, propositions, critiques et de manière générale au débat avec vous.

Dans un sens plus large, le « fondamentalisme » est un terme collectif désignant toutes les conceptions culturelles, politiques, sociales et économiques qui ne veulent pas se soumettre à un examen critique de leurs hypothèses de base et nient les objections argumentatives en se basant sur leurs propres valeurs fondamentales.

Souvent, l’expression « fondamentalisme » est également utilisée en relation avec des groupes religieux. Dans un sens plus étroit, on parle de mouvements religieux qui se réfèrent à une interprétation littérale de leurs « Saintes Écritures » et qui rejettent une modernisation de leur propre foi tout aussi rigoureusement, que toute interprétation s’écartant de la leur.

Le totalitarisme (cf. fascisme) désigne une forme de pouvoir politique qui implique que les gouverneurs disposent sans restriction sur les gouvernés, lesquels doivent se soumettre entièrement à un objectif politique (prescrit de manière dictatoriale).

Souvent, ce sont des dangers existentiels (internes ou externes, réels ou construits) qui semblent justifier la nécessité d’un régime totalitaire avec sa dureté impitoyable et la mise au pas imposée de la population. Ces dangers ont été utilisés par les détenteurs du pouvoir du fascisme, du national-socialisme, mais aussi du « communisme » soviétique, comme justification et afin de se maintenir au pouvoir. À cet égard, le totalitarisme représente le contraire de l’État constitutionnel libéral, d’une société ouverte et pluraliste et des démocraties modernes.

Les idéologies totalitaires constituent un véritable contre-mouvement à la démocratie constitutionnelle. Ces idéologies mettent l’accent sur la communautarisation de valeurs postulées comme vraies, éternelles et seules apportant le salut. Elles exigent une loyauté absolue et incontestable envers ces valeurs et leurs représentants, ce qui signifie qu’elles ne peuvent pas être remis en question. En cas de non-respect, des sanctions sévères seraient alors imposées. Cette loyauté et cette incontestabilité sont surtout valables pour les leaders charismatiques qui, en leur personne, légitiment l’idéologie et sont glorifiés dans un statut de « d’omniscience » et « d’omnipotence ».

Cela implique une polarisation fondamentale entre le « nous » et les « autres », ce qui équivaut à une division entre le « bien » et le « mal », les « amis » et les « ennemis » etc. Concernant les points de vue, il s’agit d’une question de « vrai ou faux », ce qui exclut toute possibilité de compromis. Cette vision est utilisée afin de justifier un niveau élevé d’agressivité et de recourir à la violence. Sur cette base, « l’autre » est étiqueté comme ayant moins de valeur et étant très dangereux. Il en découle une attitude d’autodéfense (interne, externe et construite) qui semble légitimer et exiger un niveau de résistance continuelle.

Extrémisme religieux

Terme collectif désignant toutes les opinions et actions politiques au nom de l’islam, qui visent à établir un ordre social et étatique (théocratie) légitimé par la religion. Les islamistes utilisent des styles d’action très différents : la politique de parti, le travail social, voire même le terrorisme. Leurs caractéristiques communes sont :

  1. L’établissement absolu de l’islam comme ordre de vie et d’Etat.
  2. La primauté de la souveraineté de Dieu sur celle du peuple comme base de légitimation.
  3. L’aspiration à imprégner et à totalement contrôler la société.
  4. L’exigence d’un ordre social homogène et identitaire au nom de l’islam.
  5. L’opposition nette contre les normes, les valeurs et les règles de la démocratie constitutionnelle moderne.

Cela fait de l’islamisme une forme d’extrémisme religieux, un phénomène politique => fondamentaliste et une variante idéologique => totalitariste.

Les formes prédominantes de l’islamisme actuel (Daech, Boko Haram, Al-Qaïda…) s’imprègnent du salafisme radical et ultraconservateur, qui est une forme de la foi musulmane orientée vers les ancêtres (arabe « Salaf ») et vers un soi-disant retour à ce que les salafistes estiment être de l’époque du prophète. Cette compréhension est considérée comme pure, vraie et la seule exacte. Le salafisme sous cette forme s’oppose à tous les développements théologiques et séculiers récents. Par exemple, pour certains salafistes, la démocratie n’est pas compatible avec la vraie foi, puisque la loi est faite par Dieu et donc universellement valable, mais dans la démocratie les lois sont faites par des êtres humains.

Le Wahhabisme

Les partisans d’Ibn Abd al-Wahhab – comme les représentants d’autres groupes fondamentalistes – prétendent être les seuls à représenter la doctrine islamique dans sa forme réelle et vraie. Ils rejettent donc toute autre interprétation et tout développement théologique et séculier. L’une des particularités des Wahhabites est leur lien étroit avec la famille dirigeante saoudienne, qui a déclaré que l’interprétation wahhabite de l’islam était la religion d’Etat.

Les taqfiristes

Les taqfiristes ou taqfiri sont des salafistes ou des wahhabites extrémistes qui font la distinction nette entre musulmans croyants et musulmans non-croyants – et ce sans compromis. Leur interprétation de l’islam fait référence au prophète Mahomet, à ses premiers compagnons et à leur présumés interprétation de la foi. Tout ce qui contredit ou s’écarte de près ou de loin de cette interprétation est condamné comme apostasie et est considéré comme non-islamique. Les taqfiristes voient dans leur mission la mise en place d’un califat orienté vers la forme originale du Coran.

Dans le djihadisme, l’apogée de la pensée extrémiste est celle de veiller à faire respecter la « vraie » foi musulmane dans le monde entier et ce en utilisant la violence. Il s’agit d’établir un « califat » comme foyer pour la « umma », la communauté des croyants. Selon les jihadistes, les « musulmans croyants » sont persécutés, harcelés et maltraités partout dans le monde, ou même tués par des incroyants (= musulmans d’autres religions, non-croyants et faux croyants, => taqfiristes) et c’est pour cette raison, qu’un lieu sûr pour la « communauté » doit être imposé par la force et que la seule « vraie » foi doit être établie partout. Comme c’est souvent le cas dans les groupes extrémistes violents, l’extermination de ceux qui pensent différemment est considérée comme un moyen légitime afin d’atteindre ses objectifs.

Les théologiens musulmans modérés considèrent que cette interprétation est fondamentalement erronée, puisque le soi-disant djihad concerne aussi la « lutte » intérieure, c’est-à-dire intrapersonnelle, il s’agit de mener une vie pieuse.

Terme collectif désignant toutes les opinions et actions politiques qui, au nom du christianisme, visent à établir un ordre social et étatique (théocratie) légitime sur le plan religieux. Les extrémistes chrétiens utilisent différents types d’action, de la politique partisane au travail social en passant par le terrorisme.

Voici leurs caractéristiques :

  1. La mise en place absolue du christianisme en tant qu’ordre de vie et d’Etat.
  2. La primauté de la souveraineté de Dieu sur la souveraineté du peuple comme fondement de la légitimation.
  3. L’imprégnation et le contrôle total de la société.
  4. L’exigence d’un ordre social homogène et identitaire au nom du christianisme.
  5. L’opposition contre les normes et les règles de l’État de droit démocratique moderne.

Cela fait de l’extrémisme chrétien une forme d’extrémisme religieux, un phénomène politique => fondamentaliste et une variante idéologique => totalitariste.

En Europe, ces groupes sont plutôt insignifiants pour le moment, mais ils contribuent à la formation d’une volonté politique et propagent des objectifs antidémocratiques et partiellement totalitaires. Le danger ne vient que de la part de quelques-uns (par exemple, les opposants militants à l’avortement, la persécution des homosexuels), mais là aussi, on peut voir la volonté de recourir à la violence et, surtout, l’opposition aux modèles libéraux-démocratiques de la société.

Aux Etats-Unis, en Afrique et récemment aussi en Amérique du Sud, certains groupes évangéliques sont considérés comme extrémistes, en particulier ceux avec des idées missionnaires forcées.

Exemples de groupes extrémistes chrétiens

La haine, la pensée extrémiste et l’intolérance se retrouvent également dans l’Église catholique. On y enseigne des propos à l’encontre des homosexuels, des femmes, des juifs, des musulmans et d’autres groupes. Les groupes chrétiens suivants peuvent être, entre autres, considérés comme extrémistes Opus Dei, Fraternité Pie, Opus Sanctorum Angelorum, Enfants de Marie, Montfortains, etc.

 

Le protestantisme montre également des tendances extrémistes. Aux États-Unis, par exemple, ils sont associés aux milices patriotiques et aux groupes terroristes (« Army of God »). L' »Armée de Dieu » est un groupe terroriste chrétien qui agit contre l’avortement. On lui reproche une série de tentatives d’assassinat sur des partisans de l’avortement.

 

Un autre exemple est celui des églises libres indépendantes, qui se considèrent comme omniprésentes et sont souvent considérées comme fanatiques. Les prêtres de ces églises libres attirent souvent avec des miracles, de prétendues guérisons et promettent la richesse.

 

Les églises pentecôtistes, qui constituent aujourd’hui le plus grand nombre de protestants dans le monde, font également partie des églises libres. Ils sont originaires d’Europe et des États-Unis, et se répandent rapidement en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Les pasteurs des églises pentecôtistes se considèrent comme des médiateurs entre la terre et le ciel, qui permettent au Saint-Esprit d’agir à travers eux (et seulement eux) sur les croyants. Les composantes fermes des services religieux sont les « guérisons miraculeuses » et les « exorcismes » apparents, ainsi que la communication de concepts moraux stricts et rigides, tels que le fait que l’homosexualité doit être comprise comme l’œuvre du diable. Les églises pentecôtistes répandent souvent l’intolérance religieuse, attaquent les adeptes d’autres religions et qualifient les dissidents de « démoniaques ».

 

Les principales communautés de foi sont par exemple les  » Assemblies of God  » aux États-Unis, « Christ Embassy » au Nigeria et « Deus é Amor » – une église pentecôtiste néo-charismatique et une secte fondamentaliste au Brésil.

 

Les pratiques d’exorcisme sont également une méthode utilisée par les groupes extrémistes chrétiens. Par exemple, les personnes soupçonnées d’être possédées par des démons ou des diables peuvent être « guéries » au moyen d’un « exorcisme », c’est-à-dire un exorcisme de démons et de diables.

Du latin „secta“, parti, enseignement, école de pensée

 

Les sectes sont généralement définies comme étant des communautés religieuses qui n’ont pas (encore) atteint le statut de religion reconnue. (Dans le passé, le terme « secte » était principalement utilisé pour désigner des groupements qui se scindent des communautés religieuses, philosophiques ou politiques « reconnues »).  En principe, elles tombent sous la liberté religieuse dans l’exercice de leurs pratiques spirituelles et la diffusion de leur doctrine.

 

Certaines de ces communautés posent problèmes lorsqu’elles mettent en place des systèmes sociaux stricts de contrôle dans lesquels la liberté des individus est considérablement restreinte et/ou la démarcation des autres communautés se fait de manière polarisante. Le recours à la violence physique, psychologique et/ou sexuelle est particulièrement problématique. Celle-ci est utilisée à des fins diverses : comme moyen d’établissement et de maintien du contrôle sur les membres, p.ex. afin de les rendre dociles concernant l’éducation des enfants. Cette violence reflète souvent un abus de pouvoir.

 

Ainsi, des suicides de masse se sont produits à plusieurs reprises au sein de sectes (par exemple, sur ordre du chef de la secte du Peoples Temple en 1978 avec environ 900 morts). D’autre part, il existe des exemples de meurtres ciblés d’opposants et d’attaques contre des passants (par exemple, l’attaque du métro de Tokyo en 1995). Le nombre de sectes et de groupement sectaire est très important.

Extrémisme politique

Aujourd’hui, le fascisme est un terme collectif pour désigner toutes les idéologies totalitaires antilibérales et antisocialistes. Selon certaines perspectives, le fascisme est à comprendre comme étant une religion politique.

Qu’est-ce que le fascisme ? ( Matthew Lyons):

« Le fascisme est une forme d’idéologie (surtout) d’extrême droite (souvent uniquement dirigée contre quelque chose) qui glorifie la nation ou la race comme une communauté organique qui surpasse toute autre loyauté. Le fascisme met l’accent sur un mythe de renaissance nationale ou raciale après une période de déclin et de dégradation. A cette fin, le fascisme appelle à une « révolution spirituelle » contre les signes de déclin moral tels que l’individualisme et le matérialisme (et le féminisme/ « genderisme ») et vise à purger la communauté organique des forces et groupes « différents » qui la menacent. Le fascisme tend à glorifier la masculinité, la jeunesse, l’unité mystique et le pouvoir régénérateur de la violence. Souvent – mais pas toujours – il soutient des enseignements de supériorité raciale, de persécution ethnique, d’expansion impérialiste et de génocide. Le fascisme peut en même temps prendre une forme d’internationalisme fondé sur la solidarité raciale ou idéologique au-delà des frontières nationales. »

 

(Matthew N. Lyons: What is Fascism? Some General Ideological Features. 12. Januar 2004; Übersetzung von Alfred Schober. In: Heiko Kauffmann, Helmut Kellershohn, Jobst Paul (Hrsg.): Völkische Bande. Dekadenz und Wiedergeburt. Münster 2006, traduit de l’allemand vers le français par respect.lu)

Il est difficile de définir le « fascisme », car ni le terme en lui-même ne dit quoi que ce soit sur son essence, ni la plupart des mouvements européens de l’entre-deux-guerres, qui sont généralement appelés fascistes, n’ont utilisé ce mot. Ce qu’est ou devrait être le fascisme, était principalement déterminé par ses opposants, lesquels ont développé des théories du fascisme.

Avec sa vision mystico-irrationnelle du monde et ses rituels de sang et de consécration, le fascisme représente un programme anti- « Lumières » .

Voici quelques éléments types des mouvements fascistes (voir aussi le totalitarisme) :

  • le principe du leader
  • la revendication de totalité
  • l’organisation militaire du parti
  • une religion de substitution, laïque, irrationnelle, basée sur des mythes, des rites, des symboles et constituant le cadre culturel
  • une organisation économique hiérarchique et corporative
  • un modèle totalitaire de la société, structurée en hiérarchies fonctionnelles

Caractéristiques :

Le fascisme ne tolère aucune autre conception du monde à part la sienne. Fidèle au principe du leader, les personnes doivent se soumettre aux règles incarnées par ce dernier, que ce soit dans leurs pensées ou leurs actions. La violence est considérée comme un moyen absolument légitime, aussi pour la prise du pouvoir ; les fascistes étant convaincus d’avoir un droit « naturel » au pouvoir et cela de façon permanente. La liberté d’opinion, les structures démocratiques, une véritable opposition voire même des élections libres sont donc inconcevables dans de tels systèmes.

Pour rendre justice à l’idée d’uniformité au sein du peuple, le fascisme ne tolère pas les représentations d’intérêts de certains groupes, tels que les syndicats ou les mouvements de femmes. Le parti unique est considéré comme étant le seul représentant des intérêts de tous.

La propre nation ou le peuple viennent toujours en premier lieu. Tout développement, aussi à l’étranger, est jugé uniquement en fonction de sa capacité à répondre aux besoins de la propre nation. Si ce n’est pas le cas, cela peut justifier une attaque.

Cette façon de penser est sous-tendue par un racisme qui considère son propre peuple comme étant supérieur et meilleur aux autres. C’est pourquoi, le renforcement et la croissance démographique du peuple devraient conduire à un monde meilleur.

Le racisme, souvent associé à l’antisémitisme, ne s’est jusqu’à présent développé pleinement que dans l’Allemagne nationale-socialiste, mais tout régime fasciste y est prédisposé.

Afin de garder la pureté du peuple, un processus de sélection est effectué, au cours duquel les groupes considérés comme inférieurs sont déclassés ou « triés ». Il peut s’agir de personnes handicapées, d’homosexuels, d’immigrants et de leurs descendants, mais aussi d’adeptes d’une autre conception du monde.

Le fascisme utilise souvent un vocabulaire socio-révolutionnaire. Cela implique la réinterprétation des termes du vocabulaire quotidien, respectivement la formation de nouveaux termes. Ces derniers renforcent l’effet rhétorique de la propagande, intégrant ainsi les valeurs, les croyances et les comportements y associés dans la vie quotidienne.

Une fois arrivé au pouvoir, le fascisme laisse l’ordre social existant essentiellement intact. Il se distingue de dictatures militaires et d’autres régimes autoritaires par le fait qu’il dispose d’une base de pouvoir plus large, assurée par des organisations de masse lesquelles sont contrôlées par le pouvoir central. Ces mouvements de masse proviennent avant tout de la petite classe moyenne qui se sent menacée par les blocs de pouvoir du patronat et du mouvement ouvrier. Le fascisme au pouvoir veut atteindre une entente avec le monde économique tout en détruisant les organisations de travailleurs indépendantes et démocrates. Le fascisme se caractérise par son opposition féroce à la démocratie, au libéralisme et au socialisme.

L’extrémisme de droite aujourd’hui

Ces caractéristiques se retrouvent sous une forme plus ou moins concentrée dans les groupes d’extrême droite du XXIe siècle. Contrairement aux mouvements fascistes antérieurs, ces groupes font souvent moins référence à Adolf Hitler et à son parti. Par contre, les structures de base de la pensée et de l’idéologie restent néanmoins semblables, ainsi que la justification ou la revendication de la violence afin d’atteindre leurs objectifs.

Nouveaux Groupements de la droite :

Extrémisme politique

  • Néonazisme
  • Mouvement identitaire
  • Mouvement AltRight
  • Mouvements acceptant la violence/violents (Soldats d’Odin, Combat 18…)
  • Mouvements populistes de droite (à la limite du cadre légal, zones grises)
  • Prepper
  • Personnes rejetant l’État

L’extrémisme de gauche est un terme collectif qui désigne des attitudes, des courants de pensée et des objectifs politiques très différents d’individus, de groupes et de partis qui sont dirigés contre l’Etat de droit démocratique.

L’objectif des extrémistes de gauche est d’abolir l’État et l’ordre social existants, et donc la démocratie libérale. Le système actuel doit être remplacé par un système « sans domination », anarchiste, socialiste ou communiste, afin de créer une égalité totale des personnes au sein de la société. Les extrémistes de gauche visent à renverser l’ordre économique capitaliste par des actions révolutionnaires et, en retour, à établir un ordre social alternatif.

En raison de la grande diversité des sujets, des convictions idéologiques et des visions du monde qui peuvent être attribués aux opinions de l’extrême gauche, définir l’extrémisme de gauche est un défi. La classification générale se fait selon deux « familles idéologiques » – l’approche politico-économique dogmatique du marxisme et celle de l’anarchisme. Ce que les deux ont en commun, c’est qu’en fin de compte, ils s’efforcent de créer une société sans domination et sans classes, sans État répressif et sans différences sociales. La différence entre les deux réside dans leur attitude à l’égard de l’État en tant que mal nécessaire pour la période de transition : l’anarchisme rejette toute forme d’État, tandis que le marxisme voit un État révolutionnaire au moins comme un instrument de transition pour établir à long terme le communisme en tant que société sans domination et sans classes.

Dans le cas de l’extrémisme de gauche, il est important de distinguer ce terme de l’engagement politique légitime envers des objectifs dits « de gauche ». En d’autres termes, une « gauche » démocratique d’un côté et une « gauche » extrémiste de l’autre peuvent montrer des chevauchements dans leurs modèles d’interprétation et leurs idéaux. La différence réside toutefois dans la question de savoir si, sur la voie de leur mise en œuvre, ils mettent ou non en jeu la démocratie et les droits de l’homme, le pluralisme et l’État de droit. Tant que l’État de droit et les conditions démocratiques sont acceptés, que des réformes progressives restent au premier plan et qu’une révolution violente est rejetée, il ne s’agit pas d’extrémisme de gauche.

Un désaccord existe également quant à la question de savoir si l’extrémisme de gauche implique nécessairement une propension à la violence ou l’usage de la violence. Il y a des scientifiques qui considèrent que la perpétration d’actes de violence fait partie intégrante de l’extrémisme de gauche, ainsi que ceux qui décrivent l’extrémisme de gauche comme une idéologie hostile à la démocratie, mais qui n’exerce pas nécessairement la violence. Toutefois, pour atteindre leurs objectifs, les extrémistes de gauche peuvent recourir à la violence. C’est pourquoi certains le reconnaissent comme un instrument légitime de protestation contre les images de l’ennemi politique, à la fois comme moyen de légitime défense et pour faire valoir leurs propres objectifs politiques.

Les extrémistes de gauche partagent les idéaux libéraux de liberté, d’égalité et de fraternité, cependant ils les interprètent à leur manière. Cela entraîne à son tour à des différences, des conflits et des contradictions. C’est pourquoi il existe donc divers mouvements d’extrême gauche qui s’orientent vers différents champs d’action et thèmes (« anticapitalisme », « antifascisme », « antiracisme », « antimilitarisme », « anti-répression », « antimondialisation ») et tentent donc d’atteindre leurs objectifs respectifs par différents moyens.

C’est pourquoi on peut dire que les extrémistes de gauche ne représentent pas un groupe homogène, mais sont plutôt constitués de petits groupes indépendants. Cette diversité est aussi en partie conditionnée par l’idéologie, puisqu’au moins les mouvements anarchistes se regroupent en petits groupes locaux et se défendent contre les structures centrales. Parmi les différents groupes, on trouve les autonomes, les post-autonomes, les extrémistes de gauche dogmatiques (violents et non violents), etc.

L’extrémisme de gauche orienté vers la violence trouve ses origines idéologiques dans le mouvement de protestation de la fin des années 1960, dans lequel la violence était progressivement accepté par certains comme un moyen nécessaire pour changer les conditions politiques et où des moyens terroristes étaient alors également utilisés. La Fraction armée rouge (RAF) a légitimé ses attaques et ses meurtres à travers cette perception. Ernesto « Che » Guevara de la Serna a tenté, déjà au cours des années 60, au nom du Cuba communiste, de mettre en œuvre sa théorie des révolutions et des renversements provoqués à travers une guerre de guérilla dans le plus grand nombre d’endroits au monde.

Une forme de société libre de toute domination et même de tout pouvoir. Il ne s’agit pas d’une absence de règles, mais de l’absence (choisie) d’une institution répressive pour établir et faire respecter des règles.

Du grec anarchia « l’absence de domination » : un état sociétal libre de toute autorité politique, juridique ou morale. Dans un état d’anarchie, l’individu devrait pouvoir agir exclusivement sur base de ses propres idées et sans conditions venant de l’extérieur. Tous les membres de la société devraient pouvoir jouir égalitairement d’une liberté absolue. L’anarchiste s’efforce donc de se libérer de tout pouvoir ou autorité supérieure, qu’elle soit idéologique (religion, doctrines politiques, etc.), institutionnelle (État, bureaucratie, etc.), économique (propriété privée et publique), sociale (classe ou caste) ou juridique (appareil législatif et normatif). En philosophie, l’accent est moins mis sur les idées de chaos et de violence communément associées au concept d’anarchie, que sur la liberté absolue de l’individu et le caractère volontaire d’association des individus en société. (L’anarchisme a des points communs clairs avec le libéralisme.) Certains penseurs ont clairement réfuté le caractère « violent » de l’état anarchique, comme par exemple Kant avec sa célèbre définition: « L’anarchie est loi et liberté sans violence ».

=> Rejet de l’exploitation et de l’oppression de l’homme par l’homme.

Le terme « séparatisme » est un terme générique qui résume de nombreux mouvements différents, essentiellement politiques et/ou identitaires, qui existent dans le monde entier depuis que l’homme a commencé à établir des frontières. Le concept de frontières – ainsi que le monopole de l’usage de la force à l’intérieur de celles-ci – sont deux piliers importants des ordres étatiques.

Cependant, les frontières sont toujours une construction. Elles sont souvent imposées aux personnes résidant sur un territoire particulier par des puissances étrangères. Par exemple, lors de la conférence dite du Congo en 1884-5, l’Afrique a été divisée en colonies par les puissances coloniales de l’époque sans le consentement de la population. Les conséquences de cette partition se font encore sentir aujourd’hui. Les frontières ne sont cependant pas fixes, mais changent sans cesse au fil du temps, notamment en raison des guerres (par exemple en Alsace-Lorraine). Un pays- par exemple l’Espagne – prétend être la patrie de tous les Espagnols. Cependant, il y a des personnes qui prétendent ne pas être espagnoles, même si elles sont nées et vivent à l’intérieur des frontières de cet État. C’est le cas, par exemple, de nombreux Catalans.

Pour faire simple, il existe trois formes de séparatisme :

  • le premier veut acquérir plus d’autonomie au sein d’un État ;
  • le second veut se détacher de l’État perçu comme étranger et oppressif, afin d’établir son propre État,
  • le troisième veut rejoindre un autre État (le Tyrol du Sud – Autriche).

Les séparatistes, sous toutes les formes, estiment que le statu quo menace leur identité ou ne lui correspond pas. Bien que les séparatistes fondent leur mouvement principalement sur l’identité, des facteurs économiques résonnent souvent en arrière-plan. Habituellement, un mouvement séparatiste trouve son origine dans une réelle oppression. On peut citer comme exemple, la stricte interdiction des langues régionales (basque, catalan) à l’époque de Franco en Espagne.

Certains séparatistes poursuivent leurs objectifs de façon pacifique et démocratique, comme la « Nieuw-Vlaamse Alliantie » en Belgique ou le parti « Sinn Féin » en Irlande du Nord. D’autres, en revanche, ont recours à la violence à travers de guerres et d’attaques asymétriques afin de dénoncer l’État comme étant un oppresseur étranger : par exemple, le groupe séparatiste militant « Tigres tamouls » au Sri Lanka ou l’organisation clandestine basque « ETA » en Espagne, ainsi que l’organisation militaire « Front Polisario » au Sahara occidental. Il existe souvent des liaisons plus ou moins ouvertes entre un mouvement légal et un mouvement illégal, comme dans le cas du parti irlandais « Sinn Féin » et de la « Irish Republican Army ». Lorsque des mouvements légaux sont interdits, ils se recréent fréquemment sous un nom similaire et poursuivent des contenus presque identiques sous ce nom. Après que le parti d’extrême droite « Vlaams Blok » en Belgique, par exemple, ait été interdit d’accès aux fonds de l’État, les responsables ont, peu après, fondé le parti « Vlaams Belang ». Cependant, comme le montre l’exemple de l' »Organisation de la libération de la Palestine », un ancien mouvement illégal peut également se transformer en une organisation légale.

La manière dont un mouvement séparatiste se développe, dépend finalement de nombreux facteurs complexes. L’interaction entre les demandes du mouvement et la réponse de l’État jouent un rôle important.

Généralement, les séparatistes sont en nombre inférieur et ont moins de ressources que l’État, ce qui peut parfois leur valoir un statut d’héros ou de sympathisant (parmi certains compatriotes et en dehors des frontières). Prenons l’exemple d’Astérix, dont le village tente de résister de toutes ses forces à une rattachement par le tout-puissant ennemi romain. A proprement parler, Astérix n’est pas un séparatiste, mais un combattant pour la liberté. Fréquemment, l’État condamne violemment ses opposants comme des terroristes. Dans le contexte des mouvements séparatistes, des batailles de propagande sont fréquentes. On voit comment des termes tels que « terroriste » sont parfois utilisés de manière relative et combien les transitions sont fluides entre ce terme et celui de combattant de la liberté. Si les séparatistes réussissent, leurs chefs sont habituellement nommés à la tête du nouvel État (par exemple Hồ Chí Minh au Vietnam).

Souvent, les aspirations séparatistes se terminent par un référendum. Certains de ces référendums sont acceptés par l’État respectif, tandis que d’autres sont définis comme non valables. De manière tout à fait pacifique, la Norvège s’est séparée de l’union avec la Suède en 1905 après un référendum sur l’indépendance. Après quelques conflits violents et une intervention des Nations unies, l’État insulaire du Timor-Leste a obtenu, à la suite d’un référendum, son indépendance de l’Indonésie en 1999. Après deux guerres civiles, le Sud-Soudan a réussi à devenir le plus jeune pays du monde en 2011, également par voie de plébiscite. Dans d’autres cas, les référendums, qu’ils soient acceptés ou non par l’État, n’apportent pas de solution aux situations de blocage, même dans les pays démocratiques. Les deux exemples les plus récents sont, les référendums sur l’indépendance de la Catalogne et de l’Écosse.

Autres formes

Définition

Le 10 juillet 2019, le Parlement luxembourgeois a voté l’adoption de la définition de travail de l’antisémitisme de l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance) qui est à la fois acceptée et controversée au niveau international. Voici le passage central de la définition :

« L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs, qui peut s’exprimer sous forme de haine envers les Juifs. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme sont dirigées contre des individus juifs ou non juifs et/ou leurs biens, contre les institutions de la communauté juive et les installations religieuses ».

Le terme « antisémitisme » a été utilisé pour la première fois en 1879. Aujourd’hui il englobe en un toutes les formes de rejet des Juifs/Juives et du peuple juif. L’hostilité envers les Juifs/Juives a une histoire beaucoup plus longue, qui remonte aux débuts du christianisme.

Formes

Le terme d’antisémitisme regroupe différentes formes de comportements antijuifs. Par exemple, une distinction est faite entre l’hostilité religieuse, l’hostilité à caractère économique et l’hostilité raciste envers les Juifs/Juives, bien que chacune de ces sous-formes soit toujours liée aux autres et que les transitions entre ces termes soient fluides.

Hostilité religieuse/Antijudaïsme chrétien

L’émergence du christianisme s’est accompagnée d’un processus de détachement conflictuel des premiers chrétiens du judaïsme. Au cours de l’histoire, ces conflits ont connu, à maintes reprises, des renouveaux violents avec la propagation d’une image négative du Juif à travers les siècles. Parce que les Juifs ne reconnaissaient pas Jésus comme leur Messie, ils étaient considérés comme « aveugles » et ostracisés en tant qu' »ennemis des chrétiens ». L’accusation fondamentale des chrétiens était que les Juifs avaient crucifié Jésus-Christ. La trahison de Judas Iscariote, qui y est liée, a également été attribuée régulièrement aux Juifs, ce qui a souvent conduit à utiliser de façon synonyme les termes de Juif et de Judas.

C’est en invoquant ce point de vue que l’utilisation de la violence fondées sur le « juste châtiment » a été justifiée à plusieurs reprises. A travers les siècles, en Europe, des pogromes, des soulèvements violents, ont ciblée les juifs.

Hostilité à caractère économique

Au Moyen Âge, les Juifs sont devenus un ennemi en raison de leur spécialisation dans le commerce et les transactions monétaires. On a oublié qu’ils n’avaient guère d’autres possibilités de gagner leur vie, car il leur était interdit d’accéder à la plupart des professions. Comme les Juifs se sont donc spécialisés dans divers domaines du commerce et des opérations monétaires (aujourd’hui : le secteur bancaire), ils ont été accusés de fraude et d’usure. Suites aux relations entre Juifs qui en résultaient et lesquelles se sont renforcées, l’opinion s’est propagée, qu’ils conspiraient les uns avec les autres dans le monde entier et influençaient les événements mondiaux avec leur argent.

Hostilité raciste

Au début du XIXe siècle, les théoriciens/théoriciennes de la race ont de plus en plus invoqué les principes du darwinisme social, apparu à cette époque. Les origines de ce principe se trouvent dans la théorie de l’évolution de Darwin et ses fondements de « sélection naturelle » et de « survie du plus fort ».

Alors que les théories de Darwin faisaient référence au monde animal et végétal, les théoriciens/théoriciennes de la race ont transféré ce concept aux humains et ont justifié la supériorité de la « race aryenne » sur les Juifs, ainsi que sur les Roms et les Sinti. L' »homogénéité raciale » a été désignée comme le plus grand bien, tandis que « le Juif » était simultanément dépeint comme faible, peu solidaire, laid, courbé et sexuellement menaçant. Ce stéréotype de rejet a été renforcé par une propagande déshumanisante qui assimilait les Juifs à des parasites et des organismes nuisibles du règne animal.

Holocauste

Le mot « Holocauste » vient de l’adjectif grec « holocauston » et signifie littéralement « brûlé entier ». Ce terme désigne la persécution et l’extermination systématiques et presque complète de groupes de population sous le régime du national-socialisme. Le régime nazi considérait ces derniers comme « inférieurs » et les désignait comme une menace pour la « communauté nationale aryenne ». En utilisant des méthodes industrielles, ils ont assassiné plus de 6 millions de Juifs et Juives européens/européennes, environ 300 000 Roms et Sinti, et plus de 250 000 personnes handicapées mentales ou physiques entre 1939 et 1945. D’autres groupes ont été persécutés et tués en raison de leurs opinions politiques, de leurs opinions idéologiques ou de leur orientation sexuelle. Il s’agissait de communistes, de socialistes, de Témoins de Jéhovah et d’homosexuels.

En raison de l’origine chrétienne du mot « Holocauste », la communauté juive préfère le terme hébreu « Shoah », qui se traduit par « catastrophe » ou « grand malheur ». L’ International Romani Union utilise le terme « Samudaripen » pour décrire le génocide des Roms et des Sinti. Cela peut être traduit par « meurtre de masse » ou « meurtre complet ».

Au Luxembourg, environ 1400 Juifs/Juives n’ont pas survécu à la persécution des Juifs. Ils ont été soit immédiatement déportés vers des camps de concentration à l’étranger, soit initialement concentrés dans un camp de triage à Cinqfontaines (près de Troisvierges) pour ensuite les déporter dans un camp de concentration.

Antisémitisme aujourd’hui

Après l’horreur de la Shoah, les déclarations antisémites en public sont devenues moins fréquentes. Toutefois, cela ne signifie pas que l’antisémitisme dans ses diverses formes ait disparu aujourd’hui. Au contraire, une étude réalisée en 2018 par l’Agence des droits fondamentaux de l’UE a conclu que l’antisémitisme avait augmenté en Europe au cours des cinq années precédentes.

https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/IP_18_6724

Aujourd’hui, les attitudes antisémites sont principalement communiquées de manière indirecte et déviée. Le conflit Israélo-Palestinien, voire des actions de l’Etat d’Israël sont souvent utilisés pour justifier des attitudes antisémites. Dans un antisémitisme secondaire, l’existence des camps d’extermination de masse national-socialistes est niée ou relativisée, ou la responsabilité de ces crimes est projetée sur les Juifs et Juives. Sur Internet, de fausses informations et des théories du complot sont délibérément diffusées dans les réseaux sociaux afin d’inciter à la haine contre les Juifs et Juives.

Définition

Le terme « antisiganisme » fait référence à une certaine forme de racisme qui vise les personnes dites « tsiganes » ou ayant un comportement dit de « gitan ». Les Roms et les Sinti sont les premiers touchés, ainsi que d’autres groupes de personnes, comme les mendiants ou les Yéniches, qui sont accusés d’être « tsiganes » ou de se comporter en conséquence. Les Yéniches sont un groupe socialement marginalisé qui, comme les Roms et les Sinti, étaient souvent actifs dans le commerce du voyage.

Les personnes en question sont accusées d’être réfractaire au travail, de voler et d’abuser du système social. Des images de saleté et de déchets leur sont associées, tout comme l’idée que les « tsiganes » ne peuvent pas respecter les règles ou les lois et errent dans la campagne dans un état de délabrement avancé. Si le terme « antisiganisme » est relativement nouveau, les préjugés remontent à plusieurs siècles et ce, jusqu’au Moyen-Âge. L’attitude de rejet envers les « tsiganes » a conduit à des structures sociales discriminatoires qui désavantagent systématiquement les personnes concernées et les rendent victimes de violences physiques et linguistiques.

Historique

Le terme « antisiganimsme » est né dans les années 1980, mais décrit un phénomène au moins aussi ancien que la présence des Roms et des Sinti sur le continent européen. D’après des recherches actuelles, les groupes ethniques des Roms et des Sinti sont arrivés en Europe en provenance du nord-ouest indien il y a plus de 600 ans. Les premières traces écrites de leur présence remontent aux années 1400 environ et celles de leur expulsion remontent à peu près à la même époque. Il s’en est suivi une histoire qui était (et est toujours) caractérisée par la répulsion, le travail forcé et de politiques d’expulsion rigides. Dans de nombreux endroits, ils ont été interdits d’exercer certaines professions et se sont vu refuser le droit de s’installer, c’est pourquoi ils ont parcouru les pays d’Europe en tant que commerçant(e)s itinérant(e)s. Les siècles de persécution ont trouvé leur apogée au XXe siècle, avec le génocide des Roms par les nationaux-socialistes.  Environs 300 000 Roms et Sinti sont morts pendant l’Holocauste – également appelés « Porajmos » ou « Samudaripen » par les Roms – dans les camps de concentration ou ont été abattus sur place.

Roms et Sinti

Lorsque les Roms et les Sinti sont arrivés en Europe, ils ont été appelés « Égyptiens » ou « Athinganes » (du grec « intouchables ») par les habitants en raison de leur apparence différente et de leur allure étrange. Ces termes ont ensuite donné naissance au terme « tsiganes ». Les Roms et les Sinti ne se sont jamais appelés « gitan(e)s ». Dans le passé, cette « désignation » était utilisée presque exclusivement en rapport avec des attributions racistes. C’est pourquoi la majorité des associations roms rejettent le terme. Pour eux, elle symbolise des siècles de persécution et une vision des Roms et des Sinti qui ne correspond pas à la réalité.

Les termes « Roms » et « Sinti » sont, à leur tour, des désignations utilisées par les membres de ces groupes ethniques eux-mêmes. Les « Sinti » ou « Sinteza » (forme féminine) sont les noms donnés à ceux qui vivent en Europe centrale et occidentale (Allemagne, France, Italie du Nord) depuis la fin du Moyen Âge. D’une part, le terme « Roms » désigne les personnes originaires d’Europe de l’Est et du Sud. D’autre part, le terme est également utilisé comme un nom collectif pour l’ensemble de la minorité. Dans la langue des Roms et des Romnija, le terme « Roms » ou « Rom » signifie « être humain ».

Les études sur la situation des Roms vivant en Europe dressent un tableau sombre. Un grand nombre de Roms et de Romaji vivent dans des conditions pires que les non-Roms vivant dans leur voisinage immédiat. Les personnes interrogées font notamment état d’un taux de chômage relativement élevé, de ménages vivant sous le seuil de pauvreté et d’expériences de discrimination fondées sur leur origine ethnique.

https://fra.europa.eu/sites/default/files/fra-factsheet_roma_de_2.pdf

L’antisiganisme, profondément enraciné dans l’histoire, a des effets massifs sur les conditions de vie sociales, économiques, physiques et psychologiques des personnes désignées comme « tsiganes » à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe.

Roms et Sinti au Luxembourg

Selon le Conseil de l’Europe, le nombre de Roms et de Romaji vivant au Luxembourg est estimé à environ 300. La plupart des Roms vivant au Luxembourg sont venus des Balkans ou d’Europe de l’Est à la suite des guerres de Yougoslavie et ont été enregistrés sur la base de leur nationalité, sans tenir compte de leur appartenance ethnique. Par le passé, la législation luxembourgeoise restrictive a rendu le séjour des Roms itinérants au Luxembourg beaucoup plus difficile.

https://fra.europa.eu/sites/default/files/situation-of-roma-2012-lu.pdf

Pour les années précédant la Seconde Guerre mondiale, le Luxembourg n’enregistre aucun Rom sur son territoire. À ce jour, il n’est pas clair s’il n’y avait effectivement pas de Roms au Luxembourg à l’époque en raison de la législation susmentionnée ou si, en raison des politiques nazies, ils ont été expulsés du Luxembourg occupé ou déportés dans des camps de concentration.

Pour parler d’une théorie de complot, il faut réunir les points suivants :

  1. un plan derrière les événements est postulé,
  2. le ou les événements sont perçus comme dangereux et importants
  3. les personnes qui sont supposées être les auteurs des événements sont soupçonnées d’avoir de mauvaises intentions,
  4. ces acteurs sont considérés comme puissants et influents.

Une idée de complots est l’hypothèse d’une volonté de nuire et/ou d’avoir une influence majeure sur le cours du monde. Les objectifs spécifiques et les groupes ou individus qui les sous-tendent restent obscurs.  En bref:

  • rien n’arrive par hasard,
  • tout est lié,
  • rien n’est ce qu’il semble être.

Les récits de conspiration semblent souvent abstrus, simplistes o insensés à première vue, et pourtant le lien entre l’intelligence et la croyance en la conspiration est faible. Elle est plutôt liée à la capacité de penser de manière analytique et de filtrer et d’évaluer les informations.

Les personnes qui croient aux théories du complot ne sont pas malades non plus. Les récits de conspiration impliquent qu’une poignée de puissants est prête à s’en prendre à presque tout le monde. Les actions perçues sont contre un collectif tel qu’une nation, un groupe ou une culture et la méfiance concerne le système. En revanche, en cas de paranoïa, le malade croit que pratiquement tout le monde est à sa poursuite. La « conspiration » est donc ici dirigée contre lui-même.

Sur le plan sociologique, il n’y a pas de différence entre les différents groupes en ce qui concerne la mentalité de conspiration. Les hommes, cependant, sont légèrement plus réceptifs aux récits de conspiration que les femmes. Les personnes plus âgées ont également tendance à croire un peu plus aux théories du complot.

En revanche, pour les théories médicales de la conspiration, le niveau d’éducation a encore moins d’influence, et les femmes et les hommes sont à peu près aussi susceptibles de les croire.

Prévalence des récits de conspiration dans la population

Jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, les théories du complot étaient très répandues. La grande majorité de la population croyait en une théorie ou une autre. Ce n’est que dans les années 50 et 60 du XXe siècle que ce nombre a diminué en Europe et en Amérique du Nord. En 2019, cependant, 30 % de la population allemande, par exemple, croyait encore que les politiciens n’étaient que des marionnettes des puissances sous-jacentes. En France, la thèse selon laquelle le ministère français de la santé serait lié à Big Pharma pour dissimuler les risques des vaccinations est particulièrement soutenue. En gros, environ 30 % des gens semblent être susceptibles aux récits de conspiration de nos jours.

Le nombre et la proportion de récits de conspiration n’ont pas augmenté, même pendant la crise de Corona. Souvent, les théories de conspiration ne sont pas discutées avec les amis et les proches. C’est différent pour Corona car c’est la question primordiale et tout le monde en parle tout le temps. Les discussions sont animées et divisent de nombreuses familles en différents camps. L’internet a contribué à faciliter la diffusion de ces récits. Il y a un public de millions de personnes.

Prenez la croyance en une terre plate. Ici, 29 personnes sur 30 qui y croient l’ont découvert via des vidéos Youtube. Les algorithmes renforcent ensuite la création de « bulles »et donc de réalités alternatives. Il faut donc prendre des mesures actives pour sortir de sa bulle. Dans ce contexte, cependant, l’Internet ne doit pas être considéré comme unilatéralement négatif : il facilite également la vérification des faits, par exemple.

Dangerosité de ces récits

La croyance dans les récits de conspiration augmente la probabilité de préconiser et d’utiliser soi-même la violence. Les récits de conspiration ont également été qualifiés d’accélérateurs de la radicalisation.

Les récits de conspiration servent à légitimer le dénigrement, la menace et la violence, comme dans les attentats de Hanau et de Christchurch (étrangers/musulmans), entre autres. Les schémas du bien contre le mal sont utilisés à cette fin. Les récits de conspiration ont ainsi une fonction de formation d’identité, ce qui accentue encore la pression des pairs (nous contre eux).

Associée à un reproche simplifié, elle crée une image globale de l’ennemi. Dans cette vision polarisée du monde, les critiques font soit partie de la conspiration, soit sont les marionnettes des conspirateurs.

Si les théories du complot ne sont pas dirigées contre d’autres personnes, elles n’en sont pas moins dangereuses lorsque des personnes ne suivent pas les traitements médicalement nécessaires et mettent ainsi en danger leur santé ou leur vie ; ou, comme c’est le cas actuellement, mettent en danger les autres en ne se faisant pas vacciner.

En fin de compte, les théories du complot peuvent devenir un danger pour la démocratie. C’est ce qui s’est passé, entre autres, le 06.01 2021 lors de la prise d’assaut du Capitole à Washington. Les démonstrations des « querdenker » qui s’opposent aux mesures de contrôle de la pandémie au point de remettre en cause l’existence même du virus Covid 19 se sont elles aussi radicalisées. Avec cette vision  » en tunnel « , beaucoup de choses sont mises à l’écart et les gens vont jusqu’à former des alliances stratégiques avec l’extrême droite. Ils contribuent ainsi à affaiblir et à mettre en danger la démocratie.

Les récits de conspiration font partie des récits de presque tous les groupes radicaux et extrémistes et sont utilisés par ceux-ci pour recruter et mobiliser des adhérents.

Explications

Tout d’abord, il y a un sentiment de perte de contrôle. Cela conduit les gens à essayer de trouver des moyens de reprendre le contrôle. Les théories de la conspiration sont utilisées pour rétablir l’ordre dans le chaos. Cet ordre est plus important que la vérité du récit. Si la perte de contrôle est due à une crise personnelle, alors les théories du complot et la communauté des personnes qui y croient également constituent un filet de sécurité. Ainsi, la croyance sert à maintenir ou à retrouver une stabilité psychologique.

Les théories du complot servent à réduire la complexité. Cependant, les explications ne sont pas simples, mais souvent assez compliquées (voir les théories de conspiration sur le 11 septembre). Les raisons invoquées pour expliquer un événement sont toutefois « sous-complexes ». Ce sont toujours « certaines » forces maléfiques qui ont orchestré « quelque chose ».

De plus, les récits de conspiration offrent également une opportunité pour se mettre en valeur. De cette manière, ils exploitent le désir profond d’être unique.  Les croyants tirent un sentiment d’élévation du fait de se croire parmi les quelques « connaisseurs » ou « initiés », parmi ceux qui se sont « réveillés ». Dans ce contexte, les récits de conspiration apportent de la couleur dans un quotidien souvent ennuyeux. La réflexion sur les scénarios de fin du monde peut également contribuer à apaiser les soucis quotidiens.Un autre aspect important est lié au traitement de la dissonance cognitive. Lorsque les faits ne concordent pas, les gens ont tendance à résoudre cette dissonance d’un côté. Nous avons tous tendance à ne pas agir de manière rationnelle face à la dissonance cognitive. Par exemple, la non-réalisation des prophéties peut renforcer les croyances. Comme les récits de conspiration impliquent régulièrement la non-réalisation de prédictions, cela explique en partie pourquoi les gens s’y empêtrent de plus en plus. Ainsi, la croyance en la conspiration devient un élément central de l’identité et de la vie d’une personne. Admettre que l’on a tort dans cette situation représente une atteinte à l’estime de soi à laquelle il faut tout d’abord faire face.

Comme tout le monde est toujours sujet à des distorsions de perception et à des erreurs de pensée, cela joue également un rôle dans les théories du complot. Plusieurs phénomènes entrent en jeu ici :

  1. nous recherchons la confirmation de nos hypothèses et bloquons les contradictions (biais de confirmation),
  2. il existe une fausse hypothèse selon laquelle les grands événements doivent avoir de grandes causes (biais de proportionnalité),
  3. il y a un biais dans les rapports et la perception. Lorsque les deux parties ont la possibilité de s’exprimer et de s’exprimer sur un pied d’égalité, cela conduit à rechercher la vérité au milieu (équilibre comme parti pris). Cela a du sens dans les débats politiques, par exemple, mais dans les sujets scientifiques, cela conduit à de fausses conclusions.

Cependant, les théories du complot sont aussi constamment instrumentalisées politiquement afin de faire avancer le programme politique de chacun. En fin de compte, les théories du complot contribuent à l’enrichissement personnel ou forment le modèle commercial de diverses industries (ésotérisme).

Tactiques des conspirateurs

Les théoriciens de la conspiration s’appuient davantage sur les effets et la certitude avec des affirmations définitives que sur la prudence scientifique et les probabilités. La répétition et la diffamation sont utilisées pour attirer l’attention. Les médias jouent le jeu en accordant beaucoup d’attention aux minorités et aux positions extrêmes. Il ne faut pas non plus sous-estimer le soutien financier massif (par exemple, les négationnistes du changement climatique, les débats sur l’interdiction de la cigarette (nocivité), la nutrition et la médecine). Malheureusement, les récits de conspiration ne sont en général que les meilleures histoires aussi, et cela attire l’attention.  En créant des groupes fermés composés de personnes partageant les mêmes idées, la tendance à la radicalisation de ces groupes est encore renforcée.

Que faire ?

Pour s’attaquer aux théories de la conspiration, plusieurs étapes sont importantes :

  1. reconnaître qu’il s’agit d’un récit de conspiration est le point de départ.
  2. La décision d’intervenir, associée à une évaluation de sa propre capacité à le faire.
  3. pour agir, il faut une bonne dose de courage civil.

Dans l’environnement social proche, il y a très probablement la possibilité de réaliser quelque chose.  La simple « démystification » est importante, mais n’aide pas beaucoup les personnes convaincues de conspiration.

Le « pre-bunking », c’est-à-dire l’éducation des gens sur le fonctionnement des théories de conspiration et sur leur attrait, est le plus efficace. L’apprentissage de la pensée critique et l’éducation aux médias en font tout autant partie que l’éducation aux théories spécifiques de la conspiration.

De plus en plus de personnes prennent part à des discussions en ligne, expriment leurs opinions et échangent des points de vue, ce qui peut certainement être considéré comme un acquis démocratique. Jamais auparavant dans l’histoire, il n’y a eu autant de possibilités d’exprimer son opinion. La liberté d’expression joue un rôle central et permet à chacun*e de s’exprimer librement. Néanmoins, la liberté d’expression a des limites et celles-ci sont de plus en plus souvent dépassées, notamment dans les médias sociaux. Le discours de haine est donc un nouveau problème social sous cette forme.

Le discours de haine est une misanthropie personnelle ou de groupe qui porte atteinte à la dignité et aux droits des personnes en utilisant un langage violent à leur encontre. Le discours de haine peut être exprimé indirectement, à l’aide d’images ou de Memes, ou directement. En outre, les discours de haine peuvent se propager aussi bien hors ligne qu’en ligne. Les commentaires haineux surviennent en partie parce que les rédacteurs* trices frustré*es cherchent une solution simple à un problème complexe.

Les commentaires haineux comprennent les opinions, déclarations ou messages qui dévalorisent les personnes et incitent à la haine ou à la violence à leur égard. Toutefois, le fait de publier une insulte ou un juron sur les médias sociaux ou de le crier en public ne suffit pas à le qualifier de « discours de haine ». Le parquet général doit plutôt être en mesure de prouver que le but de la publication était d’inciter à la haine ou à la violence. Il est important de toujours rechercher ce qui était l’intention originale de l’auteur*e du discours de haine.

Au Luxembourg, le « discours de haine » ne constitue pas une infraction pénale distincte à part entière ; il est toutefois punissable en vertu de divers articles du code pénal. Les articles 443 à 452 traitent des injures publiques, de la diffamation et de la calomnie. Les articles 454 à 457-4 du chapitre VI (racisme, révisionnisme et autres discriminations) du code pénal traitent des infractions pénales. Ces articles constituent une restriction à la liberté d’expression, ceci pour protéger les droits d’autrui, car la liberté d’expression est liée à des devoirs et responsabilités.

Le discours de haine n’est alors punissable que lorsque deux éléments sont présents :

  1. Une incitation à la haine ou à la violence dirigée contre une personne physique ou morale, un groupe de personnes ou une communauté. Il est interdit de discriminer des personnes ou des groupes de personnes en raison de leur origine, de la couleur de peau, du sexe, de l’orientation sexuelle, de la situation de famille, de l’âge, de l’état de santé, du handicap, des mœurs, des opinions politiques ou philosophiques, des activités syndicales, de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée
  2. Cette incitation doit avoir été diffusée publiquement (affiches, textes, discours, menaces, images…).

Au Luxembourg, les commentaires haineux peuvent être signalés de manière anonyme à la Stopline de BeeSecure. Bee Secure analyse les rapports et les transmet à la police si nécessaire. En 2020, la police a enquêté sur 78 cas, contre 50 en 2019 et 20 en 2018. Pour les commentaires haineux, l’auteur*e peut aller en prison pour une durée de 8 jours à 2 ans ou payer une amende de 251 à 25 000 euros.